Eau de vie de songes et liqueur de rêves

Le saviez-vous ?

Allons bon ! Que de soucis ! Ne voilà-t-il pas que je viens d'apprendre qu'on ne pouvait pas poster de commentaires sur ce blog à partir de certains ordinateurs ? Bien des malheureu(ses)x qui voulaient laisser un témoignage de leur passage sur ces pages sublimes se retrouvaient face à un texte du type : "votre message sera bientôt publié", mais las ! il ne l'était jamais car moi-même j'ignorais qu'il avait été posté. Le coupable a été démasqué : c'est le plugin Spamplemousse que j'ai certainement mal configuré et qui bloquait certaines adresses IP. Le mal a été réparé et tout le monde devrait désormais pouvoir s'exprimer sans difficulté. J'ai tout de même laissé le captcha qui permet (je l'espère) de décourager les terribles robots spammeurs. Néanmoins, afin d'en faciliter l'utilisation pour Elvire et pour les visiteurs un peu faibles en calcul, j'ai indiqué clairement les réponses qu'il faut fournir pour voir son message s'afficher. Que de soucis ! (Il se prend la tête à deux mains et gémit faiblement, accablé par le poids du destin).


samedi 24 novembre 2007

Éloge de celui dont on oublie toujours le nom

C’est le mal-aimé de la liste, le maillon faible, l’élément rebelle dont le nom s’obstine à nous échapper. Il met nos méninges à rude épreuve, il nous agace, il nous horripile, à force d’y penser et d’y repenser, il nous rend marteau, on le connaît, bien sûr, on l'a sur le bout de la langue, mais voilà, il se dérobe, l’animal. Hibou, chou, caillou, genou, bijou, pou… et puis l’autre. Joyeux, Grincheux, Timide, Simplet, Atchoum, Prof… et puis, attends un peu, je le sais, et puis… l’autre. Averell, Joe, Jack, et puis… ne dis rien, ça va venir, Averell, Joe, Jack, et puis… l’autre. Pondichéry, Chandernagor, Mahé, Karikal, et puis… bon sang, quand tu me le diras, je vais en rire, et puis… l’autre, tu sais bien… Pondichéry, Chandernagor, Mahé, Karikal, il y a même une chanson de Guy Béart là-dessus…

Clio, Euterpe, Thalie, Terpsichore, Erato, Uranie, Calliope, Polymnie, et puis, c’est pas croyable, Calliope, Polymnie, et puis… Rimski-Korsakov, César Cui, Balakirev, Moussorgski, et puis… La gourmandise, la paresse, la colère, l’avarice, l’orgueil, la luxure, et puis, et puis… Borotra, Lacoste, Brugnon dit Toto, et le quatrième, et puis… merde, à la fin… Salan, Jouhaud, Zeller, et puis… mais c’est pas vrai… Le mausolée d’Halicarnasse, les pyramides d’Égypte, le colosse de Rhodes, les jardins suspendus de Babylone, le phare d’Alexandrie, le temple de Diane… j’en ai oublié un… Ça y est ! Le phare d’Alexandrie ! Ah, non, je l’ai déjà dit… Ronsard, Du Bellay, Baïf, Jodelle, Belleau (qui remplaça La Péruse), Ponthus de Tyard (ou de Thiard) et puis... rouge, orangé, vert, bleu, jaune, indigo, et puis… John Lennon, Paul McCartney, Ringo Star, et puis… la Terre, Venus, Mars, Pluton, Mercure, Jupiter, Saturne, Uranus, et puis…

Les Quatre mousquetaires, les sept péchés capitaux, les cinq sens, les trois grâces, les neuf muses, les Quatre filles du Dr March, les quatre fils Aymond, la bande des quatre, les quatre piliers de la sagesse, le Club des cinq, le Groupe de six, le Clan des sept, les douze travaux d’Hercule, les neuf mondes de la mythologie nordique, les trois joyaux, les Quatre saisons de Vivaldi, les Cinq sous de Lavarède, les Onze mille verges, les trente-sept positions, les Dix commandements, les vingt-quatre heures du Mans, les Deux orphelines, les Cinq semaines en ballon, les Huit coups de l’horloge, les Dix petits nègres, les cinq dernières minutes, les dix de Nantes, les cinq continents, les sept plaies d'Égypte (qui étaient dix), les Dix-sept marches, les Douze salopards, les cinq piliers de l'Islam, les Cent vingt journées de Sodome, les douze tribus d’Israël, les Cent-Jours, les dix commandements, les Six gares du Pharaon, les Cinq cents millions de la Begum (ou la folie du canon), les cinq départements qui constituent la région Languedoc-Roussillon, les Mille et une nuits, les treize desserts, les quinze États membres de l’espace Schengen, les Dix jours qui ébranlèrent le monde, les quinze chiffres de mon numéro de Sécurité Sociale (sexe, année de naissance, mois de naissance, département de naissance, code Insee de la commune de naissance, numéro d’ordre, plus la clé de contrôle), les quatre chiffres de mon code de carte bleue, les dix chiffres de mon numéro de téléphone fixe plus les dix chiffres de mon mobile, plus les dix chiffres du téléphone de Barnabé (vous me ferez penser à l'appeler), les trois dossiers à ne pas oublier pour le rendez-vous de mardi matin, les huit chiffres de mon numéro de compte en banque, et les cinq chiffres du code de l’agence, les cinq lettres et trois chiffre du code d’accès Internet, le mois et jour de l’anniversaire de Lolotte, la liste de courses, beurre, yaourts au bifidus actif, papier-cul, Clio, Euterpe, Brugnon, dit Toto, café, shampooing, mausolée d’Halicarnasse, Grincheux, Simplet, quatre tranches de jambon, liquide vaisselle, la gourmandise, la paresse, la luxure, une bouteille d'huile riche en omega 3, une boîte de champignons de Paris (entiers 1er choix ? émincés ? pieds et morceaux ? miniatures ?), Vénus, Mars, Pluton,...

Et bien sûr, t’as oublié le sucre en poudre…

Commentaires

1. Le samedi 24 novembre 2007 à 14:45, par Pabl o

Pour le code de votre carte bancaire, gardez espoir.
Le professeur Rollin peut quelque chose pour vous :
www.youtube.com/watch?v=L...

Mais pour ma part je ne peux rien. Navré.

2. Le dimanche 25 novembre 2007 à 08:11, par La Fred

Pour les 6 gares du pharaon, le problème, c'est que j'ai aussi oublié le nom des 5 premières, et en plus, je suis presque certaine de les avoir sur le bout de la langue, et 6 gares sur le bout de la langue...

3. Le mercredi 28 novembre 2007 à 21:15, par Elvire

Tu l'avais déjà publié ou en partie je crois... mais un bonheur de relire cet article, d'ailleurs je suis revenue plusieurs fois sans commenter, avec l'espoir de trouver "la prochaine fois" quelque chose de pertinent... bon j'ai pas trouvé, désolée !

4. Le vendredi 14 décembre 2007 à 21:05, par Elvire

Bug ? Grippe ? Grève ?
Le Krono me manque...

5. Le vendredi 14 décembre 2007 à 21:08, par Elvire

LOL pour la question ! Et merci pour la réponse et de ne pas considérer que je suis la seule totale nulle de la blogosphère !
Faudrait quand même que je comprenne pourquoi il faut répondre 10 !!! Elle est où ma calculette déjà ?

6. Le samedi 12 janvier 2008 à 21:34, par Elvire

Bonne année 2008... j'attends l'ouverture du bar du commerce, même si on ne peut plus y fumer !

7. Le mardi 22 janvier 2008 à 02:55, par Planisphere

Hello Paul et Mick Victor (et bonne année). Je suis une ancienne lectrice du blog eau de vie et liqueur de songe, de l'époque où il y avait le quizz cinématographique. Juste une question : à quand le retour? Le suspense me manque.

8. Le mardi 22 janvier 2008 à 13:25, par Fabounet

Monsieur Paul et Mick vous répondra dès qu'il sera sorti du bar (ex bar-tabac) où chaque jour il puise son impressionnante inspiration. Il me fait dire qu'il ne manquera pas de vous répondre, chère lectrice.

9. Le lundi 11 février 2008 à 14:23, par Elvire

Il est noyé dans la Kro ? Vite il faut le sortir de là !

10. Le samedi 19 avril 2008 à 18:08, par Elvire

OK, j'ai la réponse... mais la question ?
Le bar du commerce me manque vraiment !

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samedi 17 novembre 2007

Éloge de Bouvart et Ratinet

Parmi les kilos et les kilos de livres qui prennent la poussière sur les étagères de ma bibliothèque, il en est un à qui je voue une tendresse toute particulière. Je l’ouvre rarement. Il me suffit de savoir qu’il est là, sous sa couverture cartonnée jaune, solide, sérieux, et – pour moi tout au moins – parfaitement inutile. Je ne sais pas si c’est son titre qui m’enchante le plus ou le nom accolé de ses deux auteurs, mais je ne me dessaisirais pour rien au monde des Nouvelles tables de Logarithmes de C. Bouvart et A. Ratinet. Leur prénom déjà me pose une énigme. Charles Bouvart ? Calixte ? Célestin ? Cornélius ? Cela sonne bien, Cornélius Bouvart. Pour Ratinet, c’est plus difficile. J’hésite entre Achille, Annibal, Adalbert. Finalement, je pencherais plutôt pour Anthelme.

Il me plaît d’imaginer Cornélius Bouvart et Anthelme Ratinet, professeurs de mathématiques dans un triste lycée Jules Ferry de province. Le premier est plutôt bedonnant, son visage poupin se fend parfois sans raison d’une large sourire. Il est bon vivant, il aime la bonne chère, le bon vin, et ne déteste pas les plaisanteries un peu lestes. Bienveillant envers ses élèves, indulgent pour les cancres, toujours prêt à faire un bon mot, Cornélius Bouvart est aimé et respecté. Le second est sec comme un hareng saur, austère, le visage émacié. Il ne rit jamais, mais lorsqu’il sourit, ou plutôt lorsqu’un rictus vient tordre sa bouche, c’est mauvais signe, c’est signe qu’une punition va frapper le potache dissipé. On le craint, on le déteste. Le jour de la rentrée des classes, les élèves se demandent anxieusement s’ils auront cette année Bouvart, le chic type, ou Ratinet, la peau de vache. Cornélius Bouvart est plutôt socialiste et libre penseur. Anthelme Ratinet est catholique pratiquant. Lorsqu’ils évoquent les frasques de leurs collégiens, Ratinet n’a pas de mots assez durs pour dénoncer les pernicieuses modes venues d’outre-Atlantique. - Il faut bien que jeunesse se passe, dit Bouvart avec philosophie.

J’ignore à quoi sert une table de logarithmes. J’ai dû le savoir autrefois et je me suis empressé de l’oublier. Il n’empêche que ce livre jaune, vestige inutile des mornes années de collège, est aujourd’hui l’un des fleurons de ma bibliothèque, où Bouvart et Ratinet occupent une place de choix, juste à côté de Bouvard et Pécuchet.


J'avais écrit ce texte en juillet 2005. Depuis, grâce aux précisions de M. Charles Frydman que je remercie vivement et dont je reproduis ici la contribution, j'ai pu mettre un prénom sur ces deux inconnus : J'ai réussi à avoir quelques précisions sur les biographies de Bouvart et Ratinet sur le site de la BNF : Bouvart se prénommait en fait CAMILLE, il était ancien élève de l'Ecole Polytechnique,et des sciences mathématiques... A. Ratinet, licencié es sciences mathématiques et physiques, professeur adjoint au lycée Condorcet. (...) Le prénom de Ratinet était en fait ALFRED... La première édition des tables de Bouvart et Ratinet est de 1902 (site BNF). Cornélius et Anthelme pour 2 professeurs de mathématiques au physique de Laurel et Hardy... ça faisait plus rever...

Commentaires

1. Le mercredi 21 novembre 2007 à 10:12, par Elvire

A la suite de cette note j'ai repris Bouvard et Pécuchet pour vérifier... leurs prénoms ! Et finalement je l'ai entièrement relu ! Merci à toi.
Longtemps je pense on ne mettait pas les prénoms des auteurs dans les manuels scolaires : Lagarde et Michard, Carpentier Fialip (orth ?) Mallet Isaac...
Je ne sais pas ce qui est la coutume maintenant... il y a longtemps que je n'ai pas vu de livres scolaires !

2. Le jeudi 6 décembre 2007 à 11:29, par Gosse d'Aïl

Quel cauchemar, ce petit livre jaune. Je le détestais quand j'étais au bahut, en seconde. Je me revois, jeune et forcément beau - Mimi dit que c'est pas vrai, mais on s'en fout parce qu'il y a pas de photos sur le blog, alors on met ce qu'on veut - l'oeil rivé sur le sujet de l'interro écrite et me demandant quel rapport il pouvait bien avoir entre les questions et ce foutu petit livre jaune. Je l'ai maudit à comme je ne maudirai jamais personne, ni le percepteur, ni surtout le facteur qui m'envoie trop de factures à payer, qui ne sont même pas pour lui. Bien sûr, j'avais toujours 0, mais bon, il faut savoir en baver pour rester beau - bon d'accord Mimi, j'enjolive, mais il n'y a toujours pas de photos sur le blog, alors je dis ce que je veux, et puis de toute façon, ils ne vérifient pas. Bon d'accord Mimi, j'étais pathétique avec mon zéro et pas vraiment beau, si tu veux... En tout cas le petit livre est devenu un cauchemar, j'en ai rêvé bien souvent, me revoyant tournant les pages frénétiquement pour comprendre ce que je devais trouver dedans, dans quel sens il convenait de le lire. Parfois, je le secouais même, espérant qu'un petit bout de papier laissé par un prédécesseur plus doué que moi, me montrerait le chemin de la connaissance. Mais rien, jamais rien, sinon les tréfonds du désespoir qui m'attirait infailliblement dans le bas du classement. En mathématique en tout cas, parce que tous ces matheux, je les grattais en français. Bon d'accord Mimi, ils sont passés dans la classe supérieure et pas moi, mais qu'est-ce que tu veux ils avaient un avantage dans cette classe, vu que c'était math et techno. Et puis, je ne les regrette pas ceux-là, il n'y en a pas eu un pour m'expliquer à quoi servait ce petit livre jaune, dont je n'ai jamais soupçonné qu'il ai pu avoir des auteurs. Incroyables ces Bouvard et Ratinet, je les imagine devant un comité de lecture : "Alors messieurs Bouvard et Ratinet, lorsque vous dîtes que le radian est égal au cosinus etc... n'avez-vous pas peur de créer chez le lecteur un sentiment de peur, d'incertitude, etc... Enfin, moi, je me souviens que de temps à autre, mais pas quand j'étais pas au lycée, pour pas qu'on me voie, j'ouvrais le petit livre jaune pour percer le mystère. Vous vous rendez compte, j'aurai pu mal tourner, tourner mystique, rentrer dans une secte, devenir franc-maçon, des trucs comme ça. Tout ça à cause de Bouvard et Ratinet ! Je vous maudis Bouvard et Ratinet, jusqu'à la troisième génération, même que ça fait bien du boulot, vu qu'au total ça en fait six. Comment ? Six quoi ? Et bien six générations à eux deux. Ouais, tu vois Mimi que je ne suis pas si nul en mathématique.

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vendredi 16 novembre 2007

Il est arrivé

- Tiens, tu me mettras une Kronenbourg, Leloufiat !

Silence hostile. Marinette essuie les verres au fond du café. Elle a trop à faire pour pouvoir rêver.

- Tu me mettras une Kronenbourg, silteplè, Leloufiat !

Silence indifférent. Le patron examine sa caisse enregistreuse qui fait un drôle de bruit, bling, bling.

- Ben t’es sourd, assteure ? s’impatiente le gros Marcel. Je t’ai demandé une Kronenbourg, Leloufiat ! Cé quand même un monde qui faut répéter trois fois les mêmes chôzes !

- Leloufiat, il a pour ordre de pas servir de bière en ce moment ! intervient le patron. Passkaujourd’hui, jsais pas situssais, mais aujourd’hui, c’est ljour du beaujolais nouveau qu'est arrivé, et faut que j'écoule mon stock. Alors aujourd’hui, ya pas de Kronenbourg, yakdu beaujolais nouveau ! Et jte lconseille, Marcel, passke cette année, il est ex-cep-tion-nel ! (Geste qui voudrait maladroitement suggérer que cette année, le beaujolais nouveau se hisse au pinacle du panthéon vinicole).

Silence stupéfait seulement troublé par le ronflement de l’autobus 91 (Gare Montparnasse – Place de la Bastille) qui tressaute joyeusement sur les pavés, braoum, braoum.

- Tutt fous dma gueule ? s’indigne le gros Marcel, soudain saisi d’une légitime colère. Tous les zans, tu nous fais le coup, et tous les zans, il est dégueulasse, ton pinard ! J’aime pas le beaujolais nouveau ! Jvoudrais une Kronenbourg ! C’est kan même un monde kon peut plus boire skon veut, maintenant !

- T’as tort, Marcel, intervient Dédé. T’as tort ! Cette année, le beaujolais nouveau, il est sa, il est sa, il est savoureux. Il est long en bouche, il est charnu, il a une note de ba, de ban de banane, une résonance de fraise des bois et un arrière-plan de bout de Chruxelles, de chou, de chou de Bruxelles qu’est toutafé étonnant ! Tu devrais l’goûter, Marcel, cette année, il est sa, il est sa, il est sacrément bon ! Tiens, demande à Maurice. On en est au cinquième pichet, et il te confirmera : cette année, il èf, il èf, il est fameux !

Silence méprisant seulement troublé par le ronflement de l’autobus 91 (Gare Montparnasse – Place de la Bastille) qui tressaute joyeusement sur les pavés, braoum, braoum. (Ben oui, y’en a deux qui passent presque en même temps. C’est comme ça, les bus : des fois, tu les attends pendant vingt minutes ou une demi-heure, et des fois il en passe deux ou trois presque en même temps. De toute façon, j’ai pas de comptes à rendre et je fais passer le bus 91 quand je veux, c’est moi qui décide).

- Là, Dédé, proteste Maurice en vidant son verre, là, tuvois, jsuis pas d’accord, Dédé, vieux frère ! Jdirais pas qu’il est charnu, ça non, jeul dirais pas ! Jeul trouve même un peu maigrichon, limite aronexique, heu, anoresquique, bref, un peu maigrichon ! Pour la note de banane, c’est pas entièrement faux, mais la braise des fois, heu, la fraise des bois et le chou de Bruxelles, laisse-moi te dire qu’on est dans la fan, dans la fan, dans la fantaisie laplus complète. T’y connais pas grand chôze, mon pote ! Y’a une touche de cannelle, un accord girolle et salsifis, et ptêtre une nuance de bère, de bère, de bergamote, légère, mais sensible…

Silence ébahi. Même le chien Édredon n’en croit pas ses zoneilles, prouvant par là qu’il a plus de jugeote que bien des zumains (il ne lui manque que la parole).

- N’importe quoi ! s’esclaffe Leloufiat en se tapant sur les cuisses (flop ! flop !). N’importe quoi ! Une nuance de bergamote ! Et pourquoi pas de choucroute garnie, pendant kti es ? Cette année, lbeaujolais nouveau, il est canaille et enjoué, il est loyal et fruité, chocolat et mandarine, ac une harmonique de pistache, juste ski faut ! Tiens goûte, Marinette !

- Juste une larme, alors ! prévient Marinette. Je bois jamais de vin, j’y connais rien !

Silence recueilli. Marinette, effarouchée, butine une infime goutte de nectar pendant que Maurice termine son sixième pichet. L’oracle va parler.

- Pouah ! C’est pabon ! grimace l’innocente Marinette. On dirait du vinaigre ! Jsais pas skeu vouzy trouvez, passekeu c’est vraiment pabon ! (Regard noir du patron qui n’aime pas qu’on discrédite la marchandise).

- T’y connais rien, Raminette ! proteste Maurice en attaquant son septième (huitième ?) pichet. Cépasskeu tapas la bite, t’as pas la bite, t’as pas la bitude ! Il est tonique et tonitruant, mais sans être agressif, il tapisse bien le gosier, et ya une note de bermagote et un ptit retour de réglisse.

- C’est vrai kia comme un ptit goût de réglisse, admet Dédé en torchant un nouveau verre. Mais jperçois d’abord une dominante de ci, de ci, de ci…

- De-ci, de-là ? propose charitablement Leloufiat.

- De citronnelle ! parvient à articuler Dédé. Y’a de la citronnelles, cessur ! Et çui qui prétend kia pas de citronnelle, ki vienne seulment meul dire en face, kia pas de citronnelle ! Jifoutrai mamain sulla gueule, cétou ! Pourquoi tu pleures, Maurice ?

- C’est à kôze de la citronnelle, gémit Maurice. Ça mrappelle ma pôv maman ! Elle avait une tite perruche qui s’appelait Citronnelle ! Une tite perruche toute jaune ac le bec vert, ou toute verte ac le bec jaune, jme rappelle plus, allétait trognon et tout, tu peux pas savoir, Dédé ! Ma pôv maman ! Si qu’elle me voyait, elle aurait bien dla peine ! Jchuis un pochard ! Jchuis un misérab, Dédé !

- Dis paça, Maurice ! Tutt fais du mal ! se répand Dédé. Tiens, bois un verre, vieux frère, il a un pti goût de caramel, tu trouves pas ?

- Moiuakl soinaop, rumine Maurice. Oin bergamote alku soin omioia fraise des bois lkjoi. Une tite perruche si mignonne, iuopy a_yhgulbkj, un misérabl, cétou !

- riohqi uqsy réglisse, répond Dédé. Tutt fais du mal ! oiujha siubak citronelle. Tiens Leloufiat, tu nous reomiu un pichet !

- Quelle vie de chiottes qu’on vit de nos jours, se lamente le gros Marcel en contemplant ce tableau consternant. Tiens, Leloufiat, tu me mettras un café. Ac une goutte de lait.

Silence dubitatif.

Commentaires

1. Le vendredi 16 novembre 2007 à 15:10, par Elvire

Vraiment il aurait pu essayer le beaujolais Marcel, il aurait bien fini par lui trouver un arrière-goût de Kro !

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jeudi 15 novembre 2007

Monsieur Léonard

- Tiens, tu me mettras une Kronenbourg, Leloufiat !

Silence faisandé. Marinette essuie les verres au fond du café. Elle a trop à faire pour pouvoir rêver.

- Vous mcroirez jamais, les mèques ! s’exclame soudain le gros Marcel. Staprèmidi, j’ai rencontré le ptit Louis, et imadit que monsieur Léonard, il était mort ! Iparaît kiss baladait sullé grands boulvards, ouskia tant de chôzes, tant de chôzes, tant de chôzes à voir, épi ya un pot de fleurs qu’est tombé d’un balcon. Il l’a pris sulla cafetière et ilé mort sur le coup. On est peu de chôzes, kan même ! Ça m’a tout retourné, stistoire !

Silence indifférent. Le patron examine sa caisse enregistreuse qui fait un drôle de bruit, bling, bling. Le chien Édredon s’étire en baillant et se rendort. Une mouche tourne en bourdonnant autour du luminaire. Dehors, il fait plutôt frisquet, mais la météo a annoncé un réchauffement pour le week-end.

- Le ptit Louis, c’est pas un grand brun qui porte toujours une casquette ? s’interroge Dédé.

- Mais non ! Mais non ! s’interloque Maurice. Tu confonds ac le grand Fernand ! Le ptit Louis, c’est un rouquin qui travaillait au marché dans les fruizélugumes. Ça fait longtemps kon l’a pavu ! (Geste qui indique que le temps passe, que les saisons succèdent aux saisons et que les minutes, mortel fôlatre, sont des gangues qu’il ne faut pas lâcher sans en extraire l’or).

- Mépadutout ! Mépadutout ! proteste le gros Marcel. Le ptit Louis, c’est le garçon du Bar de la Gare ! Un ptit blondinet qui porte des lunettes, c’est le garçon du Bar de la Gare !

- Ça m’étonnerait ! affirme Leloufiat. Alors là, ça m’étonnerait, passke le serveur du Bar de la Gare, jeul connais bien, figurez-vous ! Cé un copain, et c’est pas le ptit Louis. Il s’appelle Jeannot ! Je l’connais bien, kan même ! Le ptit Louis, jcrois ksé le cuisinier de la Brasserie des Sports.

Silence confus. Le patron croit avoir identifié la pièce rebelle qui fait un drôle de bruit dans sa caisse enregistreuse, bling, bling, et tente de la remettre en place avec la lame d’un couteau. Le chien Édredon dresse les zoneilles (mais qu’a-t-il entendu ?) et se rendort.

- Alors c’était ya longtemps ! dit Marinette qui s’arrête un moment d’essuyer ses verres et s’octroie quelques minutes pour rêver dans ce décor banal à pleurer ouskia toujours une chambre pour pouvoir s’aimer. C’était ya longtemps, passkeu maintenant, le cuisinier de la Brasserie des Sport, jeul connais bien, il s’appelle Jean-Marie ! C’est un type très bronzé, plutôt costaud, assez bel homme, il s’appelle pas Louis, i s’appelle Jean-Marie ! Le ptit Louis, j’men rappelle très bien. C’était un type au crâne rasé qui passait ici toulé soirs avant drentrer chez lui. Ibuvait toujours une suze-cassis ! Jmen rappelle très bien ! Itravaillait dans l’imporexpore !

- Mémaparolle ! s’exclame le patron qui a réussi à remettre en place la pièce rebelle qui faisait un drôle de bruit dans sa caisse enregistreuse, bling, bling, mémaparolle ! Vous zavez chopé la maladie d’ellezémère, les ptigâ ! Le ptit Louis, c’était le marchand de journaux au coin de la rue. On lvoit plus passkil s’est installé du côté de la porte de Montreuil.

Silence concentré. Chacun essaye, les yeux mi-clos, de se rappeler à quoi pouvait bien ressembler le ptit Louis.

- En tout cas, poursuit le gros Marcel, jlai rencontré staprèmidi et ima appris que monsieur Léonard, ilétait mort. Un pot de fleurs qu’il a reçu sur le crâne, ça l’a tué net. On est peu de chose, kan même !

Silence respectueux pendant lequel tous espèrent vaguement que le temps va suspendre son vol et que les heures propices vont suspendre leur cours afin de les laisser savourer les rapides délices des plus beaux de leurs jours.

- Monsieur Léonard, c’était pas un grand brun qui portait toujours une vieille sacoche en cuir noir ? demande Dédé.

- Mais non ! s’exclame Maurice en se tapant sur les cuisses, flop, flop, mais non ! Monsieur Léonard, c’était un ptit chauve qu’était toujours enrhumé et qui buvait kdu grog ! I travaillait dans les zassurances ! C’était un ptit chauve !

- N’importe quoi ! s’esclaffe Leloufiat. N’importe quoi ! Monsieur Léonard, c’était un représentant de chez Ricard, un type qui déconnait toultemps et qui racontait toujours des blagues vaseuses !

- Vous voyez, les mèques, dit philosophiquement le gros Marcel, on laisse pas grand-chose sulla terre, hein ! On est keudla poussière, cétou ! Toulmonde a oublié le ptit Louis et monsieur Léonard. Et lpire, cékeu tout le monde s’en fout. Un jour, quand cé kjaurai disparu, quelqu’un dira : Tiens ! J’ai rencontré Leloufiat, et imadit que le gros Marcel, ilétait mort ! Et on demandera : c’était qui, le gros Marcel ? Et personne s’en rappellera ! On est keudla poussière, cétou ! On n'est pas grand chôze, moi jvouldis !

- Toi, diagnostique Maurice, toi, mon ptigâ, tu srais en train de nous faire une tite déprime que ça m’étonnerait pas plus que ça. Tu veux un xanax ac ta bière ?

- Jveux bien ! se lamente le gros Marcel. Quelle vie de chiottes qu’on vit de nos jours ! Tiens, Leloufiat, tu me remettras une Kronenbourg, et jla boirai à la mémoire de monsieur Léonard !

Silence dubitatif.

Commentaires

1. Le jeudi 15 novembre 2007 à 18:38, par Elvire

Suis pas dépaysée au Bar du commerce moi qui ferais une piètre témoin tellement j'suis pas physionomiste ou j'reconnais des gens que j'connais pas !
Mais le petit Louis, j'ai dû le rencontrer avec Léonard pas plus tard qu'hier ! Faudra qu'je vous raconte...

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